Projet d’arrêté : exercice de la vénerie du blaireau dans le département de l’Ain

Dates d’envoi des avis : du 27/05/2016 au 17/06/2016


Objet :
projet d’arrêté préfectoral instituant une période complémentaire de la vénerie du blaireau dans le département de l’Ain


Lien de la consultation :
http://www.ain.gouv.fr/projets-d-arretes-relatifs-a-la-campagne-de-chasse-a3610.html

Le projet de texte propose de reconduire une période complémentaire de la vénerie sous terre du blaireau dans le département de l’Ain

N’oubliez pas de personnaliser vos commentaires, n’envoyez pas des copiés-collés qui souvent, ne sont pas pris en compte par l’administration.

Vous pouvez vous inspirer des arguments publiés dans la rubrique « Argumentaire pour le public ».

 

© Photo de couverture : European Badger (Meles meles) – User:Orland – CC BY-SA 2.5

5 commentaires sur “Projet d’arrêté : exercice de la vénerie du blaireau dans le département de l’Ain

  1. Monsieur le Préfet,

    Je viens de prendre connaissance de votre projet d’arrêté préfectoral instituant une période complémentaire de la vénerie (sous terre) du blaireau du 15 mai au 31 août 2017 dans le département de l’Ain, et ce notamment durant la période de sevrage des jeunes blaireaux ; la période complémentaire de la vénerie sous terre du blaireau est ainsi reconduite.

    Je m’intéresse à titre personnel à la faune sauvage et en particulier aux carnivores de nos contrées.

    Animal sédentaire et essentiellement nocturne, le blaireau vit en groupe dans des terriers et fréquente principalement les bois de feuillus. Il est omnivore et opportuniste. Les dégâts qu’il peut occasionner dans les cultures de céréales, principalement le maïs lorsqu’il est en lait, sont peu importants et très localisés, essentiellement en lisière de forêt, en comparaison des dégâts provoqués à ces mêmes cultures par les sangliers qui font l’objet d’une indemnisation. L’installation d’un fil électrique ou l’utilisation d’un produit répulsif sont des mesures préventives efficaces.

    Victimes de l’empoisonnement à la strychnine ou du gazage des terriers, entre le début des années 1970 et la fin des années 1980, lors des campagnes de destruction des renards censées lutter contre la rage, les populations de blaireaux restent fragiles et leur dynamique est particulièrement lente. Elles souffrent de la disparition de leurs habitats (haies, lisières, prairies, …) et sont fortement impactées par le trafic routier.

    Inscrit à l’annexe III de la Convention de Berne, le Blaireau d’Europe, Meles meles, est une espèce protégée (cf. art. 7). A titre dérogatoire, la Convention de Berne encadre strictement la pratique de la chasse et la destruction administrative de cette espèce (cf. art. 8 et 9). Le ministère de l’écologie doit soumettre « au Comité permanent un rapport biennal sur les dérogations faites ».

    Le blaireau ne relève plus du classement des espèces d’animaux nuisibles. La pratique de la vénerie sous terre du blaireau est autorisée pendant l’ouverture générale de la chasse. La clôture de la vénerie sous terre intervient au plus tard le 15 janvier et l’exercice de la vénerie sous terre du blaireau peut être autorisé pour une période complémentaire à partir du 15 mai jusqu’à l’ouverture générale de la chasse, et ce sans nécessaire motivation (et qui plus est, lors du sevrage des jeunes blaireaux). Les prélèvements réalisés dans le cadre de la vénerie sous terre ou lors de battues administratives (par tir de nuit ou piégeage) affectent ses effectifs et peuvent entraîner la disparition locale de l’espèce. Par ailleurs, la vénerie sous terre n’est pas pratiquée dans les départements du Bas-Rhin (le blaireau n’est plus chassable dans ce département depuis 2004), du Haut-Rhin et du Territoire de Belfort.

    Avant de l’en extraire au moyen de pinces, le blaireau, harcelé au fond d’une galerie du terrier plusieurs heures durant par les chiens, est apeuré et stressé le temps de creuser une tranchée à l’aplomb à l’aide de pelles et pioches. L’exercice de la vénerie sous terre du blaireau déstructure le groupe familial et endommage le terrier au point de le rendre inhabitable, alors que celui-ci sert également de gîte à part entière pour d’autres espèces cohabitantes, le Renard roux, Vulpes vulpes, le Lapin de garenne, Oryctolagus cuniculus, la Martre des pins, Martes martes, ou le Putois d’Europe, Mustela putorius, et pour certaines protégées, le Chat forestier, Felis silvestris, le Petit rhinolophe, Rhinolophus hipposideros, ou la Salamandre tachetée, Salamandra salamandra. Aussi, la note de service de l’Office national des forêts (ONF) relative à la prise en compte du Blaireau d’Eurasie dans la gestion forestière du 28 janvier 2008 recommande que « [l’exercice de la vénerie sous terre du blaireau pendant la période complémentaire] est à éviter, (…) dans les forêts relevant du régime forestier (au moins dans les forêts domaniales) ».

    Aux termes de l’article L. 424-10 du Code de l’environnement, « il est interdit de détruire (…) les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée » ; pour autant, ce texte n’est donc pas respecté puisque les jeunes blaireaux ne sont absolument pas sevrés et forcément ne sont pas émancipés aux mois de mai et juin.

    La vénerie sous terre du blaireau pour la période complémentaire n’a pas lieu d’être (pour information, la période complémentaire n’est pas autorisée dans les départements des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes, des Alpes-Maritimes, de l’Aude, des Bouches-du-Rhône, de la Côte d’Or, de l’Hérault, du Loiret, des Yvelines, du Var, du Vaucluse, des Vosges et de l’Yonne).

    Vous remerciant par avance et restant à votre disposition,

    Philippe CHARLIER
    – MENAUCOURT –

  2. Réponse de la SFEPM à la consultation publique sur le projet d’arrêté préfectoral de l’Ain « instituant une période complémentaire de la vénerie du blaireau »

    La SFEPM est défavorable à ce projet d’arrêté prolongeant la période autorisée de déterrage des Blaireaux d’Eurasie, dans la mesure où ce projet est injustifié et basé sur des affirmations sans fondements.

    Contexte : la vénerie sous terre (ou déterrage) est un mode de chasse consistant à acculer des Blaireaux d’Eurasie dans leur terrier à l’aide de chiens, puis à les déterrer pour les tuer à
    l’aide d’une arme blanche ou d’une arme à feux, ou à les faire capturer par les chiens eux-mêmes. Ce loisir est autorisé en France de l’ouverture générale de la chasse, en septembre, jusqu’au 15 janvier. Au niveau départemental, une période dite complémentaire peut être autorisée du 15 mai jusqu’à l’ouverture générale de la chasse en septembre. Dans l’Ain, en plus de la période de septembre à janvier, le projet d’arrêté envisage d’autoriser le déterrage du 15 mai au 31 août 2017.

    Le projet indique, pour tout argument : « les effectifs de blaireaux, globalement bien représentés dans le département de l’Ain, occasionnent des dégâts importants, notamment aux productions agricoles et aux infrastructures de transports ». Cet argument et ce projet ne sont pas fondés. En effet :

    – Concernant la population de Blaireaux d’Eurasie

    Aucune étude, aucun élément chiffré n’est avancé permettant d’estimer les effectifs de Blaireaux d’Eurasie dans l’Ain. Quand bien même ces effectifs seraient connus, le jugement sur la nécessité d’une éventuelle intervention sur les populations de Blaireaux d’Eurasie n’aurait de sens qu’au regard contextuel du biotope et de l’impact éventuel de l’espèce sur son environnement rural ou urbain, selon des critères qui resteraient à définir. En l’état actuel des connaissances dans l’Ain, rien ne permet donc d’affirmer que les effectifs de Blaireaux d’Eurasie seraient élevés au point qu’il faille les réguler.

    – Concernant les dégâts invoqués

    Aucun élément chiffré n’est avancé permettant de justifier l’affirmation de « dégâts importants aux productions agricoles ». Le Blaireau d’Eurasie est une espèce dont le régime alimentaire est connu depuis plusieurs décennies par des études montrant que la consommation de cultures agricoles est marginale dans son régime alimentaire. Les dégâts causés localement peuvent être évités par une protection des parcelles concernées. De même, aucun élément n’est avancé permettant de justifier l’affirmation de « dégâts importants aux infrastructures de transport ». Les dégâts éventuellement causés aux infrastructures par les terriers creusés parfois dans des talus routiers ou ferroviaires (s’il s’agit de ça) peuvent être évités en excluant les animaux, sans avoir à les tuer.

    – Concernant la période de vénerie prévue dans le projet

    Les dates envisagées « du 15 mai au 31 août » correspondent à des périodes où les jeunes Blaireaux d’Eurasie sont encore dépendants de leurs parents : les jeunes ne sont pas sevrés en mai et ne sont pas émancipés en juin et juillet. Une autorisation de la vénerie pendant cette période serait donc contraire à l’article L. 424-10 du Code de l’environnement qui interdit de détruire « les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée ».

  3. Cette pratique, cruelle et barbare, n’a pas lieu d’être. Acculé au fond de son terrier et tué de façon atroce, la prolongation de cette période de vénerie qui se fait, de plus, durant la période de sevrage des petits, est un vrai carnage. Gandhi a dit : « On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à sa manière de traiter les animaux ». Eh bien, en France, le degré de civilisation n’est pas bien élevé lorsqu’on voit toutes ces atrocités, inutiles de surcroît. Le blaireau n’est plus considéré comme nuisible.

    Les dégâts qu’il peut occasionner sont très localisés et vraiment peu importants pour qu’une telle battue soit organisée. De plus, la population des blaireaux est extrêmement fragile et leurs habitats naturels (haies, prairies, lisières,…) disparaissent petit à petit. Leur survie est également impactée par les danger que représentent les réseaux routiers qui font déjà bien assez de dégâts dans la population des blaireaux.

    Inscrit à l’annexe III de la Convention de Berne, le Blaireau d’Europe, Meles meles, est une espèce protégée (cf. art. 7). A titre dérogatoire, la Convention de Berne encadre strictement la pratique de la chasse et la destruction administrative de cette espèce (cf. art. 8 et 9). Le ministère de l’écologie doit soumettre « au Comité permanent un rapport biennal sur les dérogations faites ». Et aux termes de l’article L. 424-10 du Code de l’environnement, « il est interdit de détruire (…) les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée ».

    Enfin, pour la surveillance de la tuberculose bovine sur la faune sauvage, il n’est point besoin d’effectuer des « prélèvements » par piégeage ou tir. Il suffit de faire analyser les cadavres trouvés ou signalés morts ou mourants sur le bord des routes pour obtenir toutes les informations nécessaires à cette surveillance.

    Puisse notre pays retrouver un peu de son bon sens et un minimum d’humanité envers les autres espèces avec qui nous partageons la planète. La Terre n’est pas la propriété des hommes seuls, tous doivent cohabiter dans la meilleure harmonie qui soit.

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